Connait-on vraiment les maîtres de la tech ?

On a lu « Pionniers » de Guillaume Grallet

Je pensais « connaître » Zuckerberg, Musk, Altman, Karp… A minima.

Et puis j’ai ouvert « Pionniers » de Guillaume Grallet

La force du livre, c’est son ancrage dans le réel : huit années de terrain et de rencontres. Plus qu’une série de portraits, on entre dans les coulisses, on ouvre les portes avec l’auteur, on accède à des univers feutrés et confidentiels. Immersion !

Chaque chapitre retrace les parcours, les origines et certaines obsessions de ces figures de la tech. Au fil de la lecture, ce qui frappe, c’est que ce qui relie ces “pionniers” tient peut-être moins à un imaginaire nourri de science-fiction et de contre-culture qu’à des systèmes de valeurs aux antipodes des nôtres.

Certains, devenus presque des figures prophétiques, semblent engagés dans une forme de fuite en avant, dérangeante: accélérer sans cesse, tout en cherchant à se prémunir des effets secondaires de leurs créations, ou en évoluant dans des contextes tendus, dignes de thrillers géopolitiques.

Et pourtant, leurs ambitions continuent de s’étendre. On le sait, certains projettent de coloniser la planète mars et d’augmenter l’humain. D’autres, on le sait moins, développent des technologies de surveillance qui participent d’idéologies douteuses.

Des « francs-tireurs en tee-shirt qui jouent aux chefs d’État » écrit l’auteur.

Le livre réserve aussi de nombreuses respirations notamment en Afrique où Moiloa bâtit une IA pour et par les africains : vision locale rafraichissante !

Trois pionnières viennent compléter le tableau, qui apportent un autre rapport au pouvoir, plus ancré, plus protecteur comme celui de Meredith Whittaker à la tête de Signal. Enfin, les « Frenchies » qui ont quitté les géants US pour construire une autre IA, plus éthique🤞🏻.

Ces voix esquissent ce que peut être une tech vraiment plurielle, plus représentative de la diversité des usages et des visions du monde.

Enfin, en refermant le livre, une pensée m’est revenu. Les dynamiques à l’œuvre s’accentuent avec Trump 2 : concentration des pouvoirs entre les mains de ces acteurs influents, dont les décisions et les technologies façonnent profondément nos sociétés qu’il s’agisse de l’environnement, des équilibres démocratiques, des liens qui nous unissent ou de notre dépendance au numérique et aux infrastructures US.

Et si notre dépendance était finalement la plus grande « réussite » de ces nouveaux gourous ?

Nous avoir convaincus que leurs algorithmes valaient mieux que notre humanité.

Connaît-on vraiment les maitres de la tech ?

Et eux… ? Ont-ils vraiment envie de nous connaitre ?

revue de livre - illustration pionniers
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